On dit que les États-Unis sont « le pays des hommes libres et courageux », mais c’est également le pays d’environ 2 millions de barrages, y compris les canaux de dérivation et d’irrigation, les ouvrages de lutte contre les inondations, les digues, les usines hydroélectriques privées et fédérales, ainsi qu’un nombre croissant de retenues sans intérêt économique, en déshérence et non entretenues qui concernent au bas mot 1 million de kilomètres de cours d’eau. Jetez un œil à la carte de American Rivers : vous y trouverez les barrages déjà démantelés, ceux qui doivent l’être, ceux qui doivent être améliorés et ceux qu'il ne faut pas construire.

Dam Nation: A Snapshot of River Restoration Efforts in the U.S.

American Rivers Map

Les barrages : Foire Aux Questions (préparée par American Rivers)

1) Qu’est-ce qu’un barrage ?
Il existe de nombreuses définitions techniques et juridiques du mot « barrage » mais, de façon générale, il s'agit de tout ouvrage qui retient ou détourne des ressources hydriques.

2) Combien de barrages compte-on aux États-Unis ?
L’Inventaire national des barrages du Service du génie de l'armée américaine (US Army Corps of Engineers) recense plus de 80 000 barrages ; il s’agit là de l’inventaire le plus complet au niveau national. Il ne couvre cependant que ceux qui satisfont à des exigences minimales en termes de hauteur et de quantité d’eau retenue et ne tient donc pas compte d’un nombre inconnu de plus petits ouvrages. L’on estime qu’en réalité les États-Unis comptent plus de deux millions de barrages. Sur ces 80 000 barrages recensés, environ 66 000 sont situés directement sur des cours d’eau, le restant concernant les eaux de ruissellement.

3) Dans quel État se trouve le plus grand nombre de barrages ?
Selon l’Inventaire national, c’est au Texas, qui compte 6 798 barrages.

4) Qui est chargé de les réglementer ?
Un certain nombre d’agences d’État et fédérales en sont responsables. Les barrages qui appartiennent aux agences fédérales sont auto-réglementés. La « Federal Energy Regulatory Commission » (FERC) réglemente les barrages non fédéraux qui produisent de l’hydro-électricité. Les barrages non fédéraux qui n’en produisent pas sont réglementés par l’État où ils sont implantés. Cette réglementation d’État porte la plupart du temps sur leur sécurité.

5) Combien de barrages produisent réellement de l’électricité ?
La FERC règlemente environ 2 300 ouvrages hydroélectriques. De plus, environ 240 barrages fédéraux sont des centrales hydroélectriques. L’on peut donc tabler sur un total d'environ 2 540 barrages hydroélectriques.

6) Quel est le plus grand barrage des États-Unis ?
L’on peut mesurer la « taille » d’un barrage de plusieurs façons. Selon l’Inventaire national des barrages, celui d’Oroville, sur la Feather River (Californie), est le plus haut des États-Unis, avec ses 234,70 mètres. Hoover Dam, situé sur le Colorado, est celui qui retient la plus grande quantité d’eau (environ 37 milliards de mètres cubes !). Le barrage qui produit le plus d’hydroélectricité est le Grand Coulee Dam, sur la Columbia River dans l’État du Washington, avec 6 180 mégawatts (MW).

7) Pour quelle raison supprime-t-on certains barrages ?
Aujourd’hui, on a de plus en plus tendance à démanteler les barrages lorsque leurs coûts (en termes d’environnement, de sécurité et d’impact socioculturel) l’emportent sur leurs bénéfices (hydroélectricité, lutte contre les inondations, irrigation, ou usage récréatif) ou bien encore lorsqu’ils n’ont plus de fonction utile. L’objectif de suppression peut comporter diverses facettes, par exemple la restauration du débit au bénéfice des poissons et de la faune sauvage, le rétablissement de la sédimentation naturelle et du flux de nutriments, l’élimination de risques de sécurité, le retour d’activités récréatives telles que les sports d’eau vive, ainsi que pour économiser l’argent des contribuables.

8) Comment fait-on pour « supprimer » un barrage ?
Du fait de la grande diversité des barrages et des fleuves, les stratégies et les techniques de démantèlement peuvent varier au cas pas cas. Généralement, on commence par vider la retenue, puis on retire les sédiments déposés derrière sa paroi et l’on démantèle la structure, tout en s’efforçant d’atténuer les effets causés en aval du fait de l’augmentation du débit et de la remise en suspension de sédiments. Les différentes techniques peuvent comprendre le recours à des explosions contrôlées et à des gros équipements de démolition.

9) À cette date, combien de barrages ont-ils été démantelés ?
Actuellement, American Rivers a connaissance du démantèlement de plus de 600 barrages aux États-Unis au cours des 50 dernières années. Cette association est encore en train de rassembler les données et il est donc possible que ce chiffre augmente lorsque nous disposerons de davantage d’informations.

10) Quel est le coût de la suppression d’un barrage ?
Du fait que la situation géographique et la taille des barrages varient considérablement, le coût de démantèlement peut aller de quelques dizaines de milliers de dollars à des centaines de millions.

11) À qui appartiennent les barrages démantelés ?
À des entreprises privées, des agences fédérales ou d'État, des collectivités locales ou des entreprises de services publics. La plupart des barrages démantelés à cette date appartenaient à des entités privées, des collectivités locales ou des entreprises de services publics.

12) Qui prend en charge les coûts du démantèlement ?
Il s’agit là d’une question très complexe. Par le passé, ces frais étaient assumés par le propriétaire du barrage, les collectivités locales ou des agences d’État ou fédérales ; dans certains cas, des accords ont été signés entre plusieurs parties prenantes pour en couvrir les coûts.

13) Qui décide du démantèlement d’un barrage ?
Cette décision est prise par plusieurs entités, en fonction des mécanismes de surveillance réglementaire en vigueur. Dans la plupart des cas, c’est au propriétaire lui-même qu’incombe cette décision, souvent lorsqu’il se rend compte que les coûts d’exploitation et de maintenance du barrage sont supérieurs à ceux de son démantèlement. Il arrive souvent que les services de l’État chargés de la sécurité de barrages en ordonnent la suppression en cas de risque majeur à la sécurité des populations. La « Federal Energy Regulatory Commission » peut ainsi ordonner qu’un ouvrage hydroélectrique soit démantelé pour des raisons de sécurité ou de menace environnementale.

14) Est-il possible de restaurer un fleuve en supprimant un barrage ?
Bien que la plupart des cours d’eau ne puissent jamais retrouver leur état d’origine, tout simplement du fait du grand nombre d’aménagements sur son cours et sur ses rives, le démantèlement d’un barrage peut souvent recréer des conditions qui rapprochent le cours d’eau de sa situation de départ. Par exemple, suite au démantèlement de barrages, l’on a pu observer le retour des poissons à leurs niveaux historiques sur des tronçons précédemment obstrués de la Butte Creek (Californie), de la Souadabscook River (Maine) et de la Clearwater River (Idaho).

15) Quels sont les bénéfices que les barrages procurent ?
Ils offrent de nombreux bénéfices, depuis l’alimentation en eau potable, la production d’électricité, la lutte contre les inondations, les usages récréatifs et l’irrigation.

16) Comment ces bénéfices peuvent-ils être remplacés après démantèlement ?
Si les barrages satisfont à de nombreux besoins humains, la société a développé de nombreuses façons de le faire sans devoir recourir à cette technique. La lutte contre les inondations peut par exemple être assurée de façon plus efficace et moins coûteuse en restaurant les zones humides, en préservant les bandes riveraines ou bien en demandant aux populations de quitter les zones inondables. Le fait de remettre à neuf des systèmes d’irrigation obsolètes ou de remplacer des cultures inappropriées peut réduire de façon spectaculaire le besoin de barrages et de réservoirs dans l’Ouest des États-Unis, une région particulièrement aride. Plutôt que d’encombrer les fleuves et les rivières d’un chapelet d’ouvrages hydroélectriques, une solution bien plus économique et moins dommageable pour l’environnement consisterait à faire appel aux technologies d’efficacité énergétique existantes. Par exemple, les 3 MW perdus du fait du démantèlement du barrage Edwards sur la Kennebec River dans le Maine, pourraient être simplement compensés par le remplacement de 75 000 ampoules électriques à incandescence par des ampoules basse consommation. De nombreux barrages aujourd’hui démantelés n’offraient plus de bénéfices tangibles ou que des bénéfices très limités.

17) La suppression d’un barrage offre-t-elle un bon un bon rapport coût-efficacité ?
Le démantèlement peut être coûteux sur le court terme, mais, la plupart du temps, lorsqu’un barrage est supprimé ou que l’on envisage de le faire, l’on réalise en réalité des économies sur le long terme. Le démantèlement élimine les frais associés à leur entretien et sécurité ainsi que les coûts directs et indirects liés à la protection des poissons et de la faune sauvage (p. ex. échelles à poissons, mesures d’atténuation pour compenser la mortalité des poissons). De plus, de telles opérations génèrent des revenus du fait de la disponibilité de nouvelles activités récréatives, telles que la pêche, le kayak et le rafting, ce qui peut entraîner un bénéfice économique net. Dans certaines zones, le démantèlement d’un barrage peut générer le retour de diverses activités de pêche commerciale.

18) Est-ce que le démantèlement d’un barrage peut avoir une incidence positive si les autres barrages du système ne sont pas supprimés ?
Certains fleuves sont tellement développés et aménagés que le fait de ne démanteler qu'un seul barrage ne rétablira le débit que sur une petite partie de leur cours. En général, les barrages qui ont été choisis pour être démantelés sont situés de façon stratégique, c’est-à-dire que leur suppression ouvrira une partie du cours d’eau essentielle aux poissons et à la faune sauvage et/ou aux activités récréatives. Dans certains cas, ce tronçon supplémentaire suffira pour soutenir des populations essentielles d'espèces de poissons, de mollusques et autres, en péril ou menacées.

19) Se pourrait-il que, d’ici une vingtaine d’années, nous décidions de nous remettre à en construire ?
Au cours des vingt dernières années, nous avons appris énormément de choses au sujet des nombreux impacts des barrages sur les fleuves et les rivières et nous avons également découvert de nombreuses solutions alternatives. La combinaison de ces deux types d’enseignements a conduit au démantèlement de barrages. Durant les deux prochaines décennies, il est très probable que nous découvrirons d’autres alternatives aux barrages et que nous en saurons plus sur leur impact sur les cours d’eau. Il est donc peu vraisemblable que nous inversions le cours des choses et que nous nous mettions à en construire de nouveaux.

20) Quelle est l’incidence des démantèlements sur les poissons ?
La suppression des barrages offre de nombreux bénéfices aux poissons riverains, car elle permet : (1) d’éliminer les obstacles à leurs migrations en aval et en amont ; (2) de restaurer les habitats riverains naturels ; (3) de restaurer les variations naturelles des débits saisonniers ; (4) d’éliminer la sédimentation des habitats d’alevinage et d’alimentation situés en amont du barrage ; (5) de permettre aux débris, aux cailloux et aux nutriments de passer en aval, créant ainsi des habitats favorables ; (6) d’éliminer les variations de température non naturelles en aval du barrage, et (7) de supprimer les turbines tueuses de poissons.

21) Quels peuvent être les inconvénients potentiels des démantèlements ?
Le démantèlement d’un barrage n’entraîne aucun changement fondamental de l’environnement local. Sa retenue se trouve éliminée, de même que l’habitat en eau peu profonde qu’elle a créé. Les zones humides autour de la réserve d’eau sont également asséchées, même si souvent de nouvelles sont créées à la fois en aval et sur le cours d'eau récemment restauré en amont de l'ancien site du barrage. Les sédiments déposés derrière le barrage, parfois pendant des centaines d’années, peuvent renfermer des produits toxiques : PCB, dioxyde, métaux lourds. La remise en suspension de ces sédiments pollués du fait du démantèlement des barrages peut potentiellement nuire à la qualité de l’eau en aval et menacer la vie des poissons, de la faune sauvage et des consommateurs d’eau. Les impacts des démantèlements sur le court terme peuvent être une augmentation de la turbidité de l’eau et une accumulation de sédiments en aval du fait du lâcher de grandes quantités à partir de l’ancienne retenue, de même que des impacts sur la qualité de l’eau du fait du caractère soudain de ces lâchers et des changements de température induits. Par contre, de tels effets peuvent être évités au moyen de techniques de démantèlement appropriées.

22) Combien de temps faut-il à un cours d’eau pour retrouver son état naturel après un démantèlement ?
Les fleuves et les rivières sont des systèmes très dynamiques et résilients. L’expérience a démontré que les systèmes naturels des cours d’eau peuvent être restaurés relativement rapidement après une opération de démantèlement. Par exemple, les poissons ont recommencé à frayer dans la Souadabscook River (Maine) quelques mois seulement après le démantèlement d’un barrage, tandis que l’évacuation des sédiments de la Milwaukee River (Wisconsin), suite à la suppression du barrage de Woolen Mills Dam, n’a pris que six mois.